À toi

Il est vrai que: les plus belles rencontres sont les plus hasardeuses.

Je l’ai rencontré dans un cadre scolaire.

Elle est arrivée, déterminée, avec de grands pas qui semblaient cacher tant de faiblesses. Je l’ai senti, je l’ai démasqué, dès son arrivée. Certaines attitudes ne trompent pas.

Je fus surprise par sa voix grave et son assurance déconcertante. Je me pensais unique en la matière ! J’eus tort. J’apprécie avoir tort. Je voulais être son amie. Elle marquait un point.

En apprenant à la connaître, je remarquais avec stupeur nos points communs: notre milieu social, notre culture, notre éducation, nos mères omniprésentes, nos envies, nos rêves, nos ambitions. Elle était moi en version orientalisée. Elle venait d’un pays chaud, et son coeur brillamment, le reflétait. Son vocabulaire est clair, froid, éloquent, et ses mots agréables à entendre. Vous savez ces mots qui définissent avec exactitude le fond de votre pensée. Ces mots là d’apparence discrète deviendraient presque mélodieux à l’oreille. Et croyez-moi j’aime le son, j’aime les mélodies. J’aime la musique, car elle seule sait faire danser mes démons.
Seule notre religion différait. J’eus pour habitude mauvaise de ne fréquenter régulièrement dans mon cercle proche que des personnes de la même croyance que moi. Par peur, par crainte, par ignorance.
Il est parfois plus simple de discuter du divin avec des êtres pratiquant les mêmes coutumes religieuses que vous.  Relisez la phrase. S’il le faut, trois fois. Maintenant, supprimez la. Elle est fausse. Monstrueusement fausse. Comme il est idiot de penser cela ! Quel manque d’ouverture d’esprit ! Le sinistre nihilisme de la faiblesse, de la pensée vous dis-je !  Elle m’a accueilli chez elle, dans son cocon, des jeudis soirs d’hiver glacés, m’a présenté sa famille, ses amis. Elle m’a raconté son enfance, son adolescence, ses premières amours, ses habitudes, sa nouvelle vie, ses déceptions, et ses espérances.  Je fis de même. Je ne me sentais aucunement redevable, mais suffisamment en confiance pour enfin me livrer à mon tour. Pour tout vous dire, je ne me livre que très peu, j’ai bien trop peur que les esprits m’entendent et me torturent pendant mon sommeil !
J’apprécie discuter avec elle. Assise confortablement sur son canapé,  – quelque peu abîmé par les nombreux fessiers passés dans son antre – avec mes lunettes noires me donnant un air strict et sûr de moi, nous parlons de livres, de films, de religions, de filles, de garçons, de nourriture, de philosophie, de musique, d’art, de superstition, de passion. Nous voyageons à travers les siècles,le monde, le temps, les saisons, avec pour seul moyen de locomotion: les mots.

Ces précieux maux qui nous habitent et nous hantent. Ils sont à la fois nos meilleurs et nos pires ennemis. Ils nous protègent et nous tourmentent. Tantôt ils nous éclairent, tantôt ils nous troublent l’esprit. Mais finalement, ce sont nos mots, nos choses, nos précieux et on les admire avec tendresse, amour et dévotion.

Puisqu’avec des « si » on refait le monde, j’achèterai bien des « scies » pour bâtir un nouveau monde.

Tu fais désormais partie de ma vie, et même à des kilomètres, je veillerai sur toi (telle une main protectrice comme celle que nous embrassons au quotidien)

A mon amie Kenza,

Parlons peu, parlons bien.