Si j’étais un homme…

Je me suis réveillée ce matin, de bonne humeur. Je m’étire, je regarde le plafond, je me dis que, dans ces moments là, je pourrais comater pendant six mois et à mon réveil épouser mon lit, puis mon inévitable condition humaine me rattrape en me bousculant sauvagement de mes songes désormais lointains, et une envie pressente me fit sortir du lit.

Et là: le CHOC, aussi innatendu que violent, aussi intuitif que désoeuvrant: j’eus le reflexe naturel d’uriner debout. DEBOUT. Je m’inquiète, je panique, je tremble , j’ai le souffle coupé, la gorge sèche, je verse quelques larmes – oui car je suis très sensible – je baisse donc la tête et je vois un organe qui n’est pas le mien… je vérifie de peur de sombrer précocément dans la démence, et effectivement, je suis bien debout munie de cet organe qui n’est en aucunement le mien et qui pourtant appartient à mon corps, ou plutôt à ce corps, qui ne m’appartient pas non plus. Ce corps velu, ces grands pieds, ces mains grossières … A quoi m’ont servi mes 500 euros d’épilations laser? Où sont passés mes bras fins, mon allure distinguée, mes jambes douces et élancées? – oui parce que je suis aussi modeste – Et là, pour courounner le tout, je me mets insctinctivement à me gratter l’entrejambe: ce prurit testiculaire m’envahit : c’est le drame.       

Lundi matin 8:10 : me voilà désormais désemparée, debout, l’air oisif, dôtée d’un membre viril.

Vous l’aurez compris: hier j’étais femme, aujourd’hui je suis homme.

J’ai alors pensé à un cauchemar, j’ai cru même mourir. C’est vrai non? Comprenez moi, enfin surtout vous les femmes ! Ce membre viril aurait-il un impact conséquent sur mon cerveau, mon précieux cerveau, mon fidèle allié, mon puissant bouclier; celui qui m’a toujours soutenu, qui m’a toujours permis de prendre les bonnes décisions et de m’orienter dans la bonne direction ?! Celui sur lequel je me reposais pour me tracer un avenir ambitieux et brillant !

Hier rationnel et sous mon contrôle, ma propre censure, aujourd’hui me voilà dôté d’un vulnérable et fragile ithyphalle – pour ceux qui n’auraient pas compris c’est un pénis – me laissant moi, mon incompréhension et mes questionnements sans réponses.

J’étais seule, livrée à moi même. Et il m’était impossible d’en parler à qui que ce soit. Déjà parce que, mon allure avait changé, je n’avais plus le même visage, le même nez, le même corps, la même gestuelle, la même posture, la même démarche, la même voix, bref: je n’étais plus la même personne puisque j’étais un homme. Même mon nom avait changé. Hier Chloé, aujourd’hui Clément. Je l’ai su en regardant ma carte d’identité ! Oui, car elle aussi, du coup, avait changé ! Et le pire, c’est que aucune personne de mon entourage, ni même mes proches, en particulier, ma tendre mère, celle qui m’a donnée la vie en tant que femme, elle-même ne me reconnaitrait pas. Non mais imaginez la situation embarassante: je viendrai la voir, elle ouvrirait sa porte, puis verrait un homme inconnu, hésitant, bafouillant des phrases incomprénsibles car pris d’une crise de panique, et elle lui répondrait avec toute la délicatesse dont elle sait faire preuve “excusez-moi jeune homme, vous vous êtes trompé d’adresse”.  Non non, je devais garder ce secret pour moi. Quitte à en souffrir, je ne voulais pas finir en service psychiatrique à Saint-Anne. Non, je rêvais d’ambition, j’avais une vie à construire…

J’ai alors pris une grande décision: Hier j’étais femme, aujourd’hui je suis homme, demain serais-je peut être hermaphrodite, transexuel, insectes et animaux en tout genre…Qu’importe. Je décidais de faire tabler rase du passé, et de commencer ma nouvelle vie d’homme. C’était une sorte de rennaissance, peut être un don de dieu finalement. Peut- être m’envoyait t-il comme messager pour rétablir la paix dans le monde? Peut-être aurait-on plusieurs vies: une vie de femme, une vie d’homme, puis une vie qu’on choisirait en fonction de l’expérience que l’on a préféré: celle d’être un homme ou d’une femme.

Une multitude d’hypothèses se déchainaient. Et d’un coup d’un seul, une question métaphysique me traversa l’esprit : Mais qu’est-ce donc être un homme à l’époque moderne? Dans ce grand 21ème siècle, où l’on prône inlassablement l’égalité des sexes? Serais-je vraiment différent de mon différente ancien? En d’autres termes, suis-je désormais en tant qu’homme différent, d’un point de vue moral, de ce que j’étais en tant que femme?

Une chose était sûre: j’étais bien un homme, et l’envie presque enfantine de réaliser tous mes fantasmes de femme dans la peau d’un homme se manifesta. A l’époque, c’est-à-dire hier, quand j’étais encore femme, je constatais avec un léger dégoût tous ces hommes, se sentant supérieurs aux femmes, san aucune justification particulière de leur supériorité.    Il n’y a pas de loi accréditant cette condescendance paraissant innée chez l’homme ! Ils étaient supérieurs dans leur tête, parce que finalement la société leur a donné ce pouvoir de supériorité.

Dès notre plus tendre enfance, Les chambres des filles sont roses connotant le romantisme, la féminité, la tendresse et celles des garçons sont bleus. Ce bleu qui se masculinisera au lendemain de la 1ère guerre mondiale, en devenant la couleur officielle des uniformes militaires ! Les petites filles jouent à la poupée, à la dinette, aux princesses et les garçons, eux, aux voitures, aux jeux de guerre, et à être des superhéros.

Tel est le paradoxe : sûrement alimenté par les histoires féériques de Disney, les superhéros, forts, vaillants, viennent toujours délivrer la princesse, qui elle, étant ingénue, fragile, a besoin d’aide. Mais jamais au au grand jamais, le prince a eu besoin d’être délivré par sa princesse: ça serait ridicule une princesse sur un cheval vêtue d’un pantalon et de bottes venant porter secours à son cher et tendre: elle paraitrait vulgaire, complètement aliénée et mal éduquée. Ainsi, ces enfants encore innocents sont acclimatés à être différenciés par leurs goûts, leurs comportements sans même qu’ils aient pris conscience d’eux-mêmes. En fait: on les éduque, à devenir des hommes et des femmes.

Quoi qu’il en soit, désormais homme, je n’avais plus l’attention d’être féministe, et j’eus le désir de connaitre, moi aussi, cette supériorité machiste ! Quelle femme n’a jamais rêvé d’être un homme ? J’allais enfin pouvoir écarter les jambes en m’asseillant, aller travailler en pantalon et en chaussures plates, sortir de la douche sans me démêler les cheveux, et pouvoir même intervenir dans une bagarre, en prenant l’air fier, et révolté, sans avoir peur de ne pas savoir me battre ou de manquer de force face à l’adversaire. Car c’est incontestable, les femmes, sont physiquement plus faibles que les hommes. Leurs muscles sont moins épais, moins développés, la puissance de leurs jambes et de leurs bras ne pourra jamais être égale à celle des hommes. Par exemple, Dans Koh Lanta, cette grande émission culturelle, les premiers éliminés sont des femmes, car elles ne savent pas couper du bois, et une sur dix sait faire un feu ! Non en réalité la femme de koh lanta, s’allonge sur le sable, prend quelques couleurs, parle stratégie, dit que ses enfants lui manquent, et surtout, fait la cuisine c’est à dire coupe le magnoc, et fait chauffer le riz !

Je me suis alors demandée quel homme serais-je : plutôt ce romantique, ce poète refoulé, ce rêveur offrant des fleurs au premier rendez-vous? ou alors le chasseur, ce matcho assumé imbu de sa personne? ou encore ce comédien qui se joue de toutes:  c’est mon préféré celui-là ! ce roi de l’illusion, cet homme au coeur de lion, qui s’amuse à considérer les femmes comme de vulgaires produits de consommation: pourquoi pas un produit de luxe pour la vie ou alors un produit bas de gamme seulement pour une nuit ?

En tant qu’homme je pourrai enfin gagner des bras de fer, me faire entendre lors des disputes par ma voix grave et imposante, mais aussi m’asseoir tranquillement à la terrasse d’un café juste pour admirer le derrière des passantes en pensant qu’elles finiront toutes dans mon lit alors que je n’oserai jamais en approcher une, mais simplement histoire de revendiquer fièrement ma perversité masculine. Et puis finalement en tant qu’homme je pourrai faire exactement ce que fait une femme tout en bénéficiant des privilèges comme celui d’obtenir un meilleur poste que celui d’une femme dans ma vie future. Non franchement, je m’y faisais à ma future vie d’homme, je finissais même par l’apprécier !

Et puis: l’homme moderne prend soin de lui. Il est au courant des dernières tendances, se coiffe, se crème parfois même se maquille, il lui arrive de croiser parfois au détour d’une avenue sa femme chez l’esthécienne, car l’homme moderne prend soin de ses sourcils, de ses ongles, de son corps, de son apparence. L’homme d’aujourd’hui partage la note en deux, et parfois se fait même inviter au restaurant ! (c’est un minimum non? ). Il lui arrive même de se regarder plus dans le miroir qu’il ne regarde sa femme, qui paraitrait presque moins soignée que lui ! Le style homme des cavernes, c’est so année 80. Maintenant c’est has-been tout ça. On est en 2014 les gars !

Et puis finalement, et si l’homme moderne était une femme?

C’est vrai : L’homme moderne fait des régimes, va à la salle de sport, boit du coca zéro ou light. Il se teint les cheveux, se fait poser des implants capillaires car il ne supporte plus de vieillir et ne veut surtout PAS paraître plus vieux que sa femme qu’il ne supporte plus mais dont il ne peut se séparer car de UN elle lui fait à manger et repasse ses chemises et de DEUX parce qu’il perdra la garde de ses enfants et aussi bien trop d’argent à divorcer !

Après avoir listé tous ces stéréotypes apaisants, j’étais enfin rassurée, je pouvais continuer d’être une femme tout en étant un homme… Quand soudain, j’entendis des bribes de notes de musiques m’évoquant un souvenir passé douloureux qui me refroidit immédiatement le corps et l’esprit.

Dimanche apres-midi 15h36: mon réveil sonne, je me réveille brusquemment, un oeil ouvert, les cheveux en bataille, j’éteins cette alarme assourdissante… Je réalise que tout cela n’est qu’un rêve agité: nous ne sommes pas lundi, mais bien dimanche, et… je pense avoir un peu trop bu la veille…

Ainsi, je fus dans la peau d’un homme pendant quelques minutes, ou plutôt le temps d’une longue nuit de sommeil tourmenté. Je n’oublie pas cette citation de Groucho Marx: « Les hommes sont des femmes comme les autres.  »

A bon entendeur !

Parlons peu parlons bien

(texte écrit en 2014 dans le cadre d’un concours d’éloquence)