Ivresse

Regarder dans un état de folle sobriété une bande de consanguins dits plus commodément “humains”, danser, se déhancher, se trémousser ou plutôt se tordre les membres de leur corps dans des postures des plus étranges, le temps d’une soirée.

Ils crient tous « Carpe Diem » et leurs voix résonnent entre les murs à béton nu de ce bar à chagrin.

Un verre… deux verres… trois verres… dix verres. 

Soudainement un changement d’identité s’opère tel un spectacle grotesque. La déshumanisation commence, la démence est gagnante.

La nuit devient jungle, trouble, euphorique,  les âmes s’envolent, les corps, les coeurs s’emportent et s’embrassent au rythme du son. Les masques tombent à la même cadence que la pudeur, la conformité, les normes et le mensonge. Tous, deviennent nus, sensibles et heureux.

Alors, qui sont-ils?  Tu n’es plus toi,  je suis quelqu’un d’autre.

Bois ce dernier verre, réveille ton insouciance et endors ta raison, et enfin hurle « Qu’importe la nuit est à nous ! »

 

(Illustration « L’ivresse » crayon sur papier de Raymond Douillet)