J’ai décidé d’écrire pour ceux qui ne me liront jamais

J’ai décidé d’écrire pour ceux qui ne me liront jamais.

Je tenais tout d’abord à m’excuser auprès de ceux qui ne me liront jamais, pour n’avoir rien publié depuis plus de 22 mois. Ce qui est, je pense insoutenable pour vous, vous qui ne m’avez jamais lue. L’attente fut longue n’est-ce pas ? Mais je vous aime, comme je vous aime ! Sachez que je vous aime pour tout le mépris et l’indifférence que vous m’accordez. Vous qui ne me croiserez jamais au coin d’une rue en demandant de mes nouvelles, vous qui ne me demanderez jamais ce que sont mes projets, vous qui ne m’enverrez jamais une invitation Facebook après des mois de silence suivie d’une cagnotte Lydia, vous à qui je n’ai pas de compte à rendre sur ma façon d’appréhender l’existence – vous !

Je ne sais pas si dieu existe, je ne l’ai jamais vu, mais soyez sûrs d’une chose c’est que j’existe bel et bien…

J’ai écrit vous savez, pendant tout ce temps. J’ai eu des périodes de creux c’est vrai, mais dans ma tête, j’écrivais un roman : j’effaçais, je soulignais, je recommençais. Ma vie personnelle a subi la dictature littéraire qui me torture depuis mon enfance. Je voulais que ma vie soit aussi rythmée et étrange que celle d’une fiction. Je voulais du rebondissement, de l’intrigue, de la passion, des déceptions… Le chaos, la guerre, les armes, les larmes et le sang ! Du pathos, il n’y a que ça qui se vend ! Pour ne pas guérir mes névroses, j’étudie la communication, vous savez la COM’ avec cette apostrophe ridicule donnant une fausse sensation de légèreté – parce que je suis tout sauf légère, et que je subis en moi la pesanteur du monde.

La publicité : tu vends du rêve aux riches qui achètent leur bonheur, et tu fais pleurer les pauvres qui s’endettent au cauchemar.

Alors oui, vous n’aurez jamais la preuve puisqu’elle n’existe que dans ma tête mais vous ne me la demanderez jamais, vous qui ne me lisez jamais. Confiance et indifférence entre vous et moi, ceci s’avère être la ma définition de l’amour moderne.

Merci à vous, de ne pas savoir que j’existe, merci à vous de ne rien attendre de moi.

Merci à vous de n’être jamais déçus de moi.

 

Tendrement,

C.